Rare vitrine d'exposition parlante

Rare vitrine d'exposition parlante - Bois marqueté signé

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Technique:

Lot n° 502

« Les Fleurs du mal » circa 1895, le seul meuble de l’artiste ouvertement symboliste connu à ce jour
Exceptionnel meuble de collectionneur formant vitrine parlante en noyer nervuré, mouluré et sculpté.
La structure est enrichie de colonnettes et d’écoinçons naturalistes et de montants cannelés aux chapiteaux sculptés de motifs de pavot et repose sur des pieds, également sculptés, à la représentation de chauves-souris et de pavots avant éclosion.
Le corps central présente une partie basse ouvrant par un vantail plein, au décor de chardons lorrains en marqueterie de bois précieux et indigènes dans une réserve chantournée et décaissée, et par un tiroir aux motifs marquetés de chauves-souris.
La partie haute centrale, en profond retrait et à la double corniche sculptée de motifs de feuilles d’acanthe, s’ouvre par une porte au décor marqueté de tournesols sauvages et vitrée en son centre dans une réserve en découpe au cadre mouluré.
Les parties latérales, évoquant des niches, présentent, dans les parties hautes, des fonds aux décors de Daphné odora et de feuillages réalisés en marqueterie de bois précieux et indigènes ainsi que des motifs sculptés en bas-relief de chauve-souris et d’escargot.
Elles sont sommées chacune d’une galerie sculptée et ajourée aux motifs de chauves-souris et sont agrémentées de consoles et de tablettes aux amortissements traités en ronde-bosse à la figuration d’un papillon de nuit, d’une chauve-souris, d’un poisson-chat et d’un bouton floral.
Les entrées de serrure sont exécutées en bronze patiné et reprennent le thème décoratif de la chauve-souris.
Le décor symboliste est formé d’un triptyque en marqueterie de bois précieux et indigènes (cf. Analyse et essai d’interprétation).
Le premier volet figure sur le dessus de l’entablement central ; il présente deux vers de Maurice Maeterlinck [Voyez ce que je vous apporte ! Des fleurs mauvaises de la terre] extraits du poème Oraison issu du recueil Serres chaudes (1889), qui sont suivis des signatures de MAETERLINCK et de GALLÉ, également en marqueterie. Le vers est enrichi, au-dessus du mot « terre », de la représentation d’un démon à tête de taupe et d’une femme alanguie ; les membres des deux personnages à l’évocation d’un univers racinaire (cf. Analyse et essai d’interprétation). 
Le second volet est placé sur la partie latérale gauche en bas, il est coupé par moitié, dans sa lecture, par une tablette au profil mouluré. La scène est composée d’une mandragore placée au centre d’un cercle formé de lettres issues de l’alphabet grec ancien (Atrop. pour Atropa – Mandrag pour Mandragore), d’un têtard d’un mois en position fœtale dans un cercle dans la partie haute, d’une belladone et de trois crapauds, dont un monstrueux, dans la partie basse. Le panneau est signé GALLÉ, également en marqueterie. (cf. Analyse et essai d’interprétation).
Le dernier volet forme pendant du précédent dans la partie latérale droite en bas. Ce tableau marqueté est au motif envahissant d’une cigüe, la signature É-mile (en deux parties distinctes) GALLÉ prenant sa source dans les tiges de la plante formant ainsi une partie du décor à part entière (cf. Analyse et essai d’interprétation).
Hauteur : 217 cm – Largeur : 168 cm – Profondeur : 55 cm

Analyse et essai d’interprétation :
De son vivant déjà, Émile Gallé et son œuvre furent étudiés, analysés et firent l’objet de recherches approfondies et de tentatives de lectures savantes.
La seconde moitié du XXe siècle vit nombre de chercheurs, de critiques et d’historiens d’art, d’intellectuels, de conservateurs de musée, de spécialistes, de scientifiques, d’écrivains, de philosophes, de théoriciens, d’artistes, de professionnels du marché de l’art se pencher sur l’artiste et son œuvre ; les publications érudites abondent depuis 50 ans, des expositions générales ou thématiques sont organisées, des départements y sont consacrés dans les institutions dédiées à cette période, des colloques et des conférences sont régulièrement mis sur pied, des thèses ou des mémoires, sur tel ou tel sujet de l’œuvre, sont fréquemment rédigés, etc.
En résumé, bien qu’il soit impossible qu’un artiste et l’ensemble de ses travaux puissent être étudiés de façon totalement exhaustive, l’artiste nancéen et ses créations ont nourri tant de recherches, d’analyses et de réflexions qu’il est bien difficile, de nos jours, d’apporter une petite lumière supplémentaire et nouvelle à la somme déjà recueillie.
Or, la découverte du meuble dont il est question semble nous livrer une facette méconnue dans le corpus des meubles créés par Gallé, voire de l’artiste lui-même.
En effet, il convient de se pencher plus avant dans le sens qu’a voulu donner Gallé à cette œuvre et qu’il a pris soin de masquer en partie.