Exceptionnel et rare Christ représenté nu.

Exceptionnel et rare Christ représenté nu. - Sculpture noyer

Lot n° 82

Vallée de la Meuse, France, fin XIIe-début XIIIe siècle.
Bois de noyer. Polychromie partiellement conservée. En bon état de conservation.

Bibliographie consultée : -Paul Thoby, Le Crucifix, des Origines au Concile de Trente, Bellanger, Nantes, 1959.

-Jacqueline Boccador, Edouard Bresset, Statuaire Médiévale de collection, Tome I, Les clefs du Temps, 1971. Dimensions : 174 x 168 cm.

L'originalité de ce Christ réside dans sa nudité. Qu'il ait été réalisé pour être présenté dans sa plus simple expression ou qu'il ait été recouvert d'un véritable tissu en guise de perizonium, cette particularité fait de ce Christ un exemplaire très rare. En effet, il n'existe que quelques exemples de Christ nus, généralement réalisés à la Renaissance, le plus célèbre étant celui sculpté par Michel-Ange et aujourd'hui exposé dans la basilique de Santo Spirito à Florence. L'important et rare Christ que nous proposons aujourd'hui présente une physionomie rigide avec des genoux légèrement fléchis. Ses bras ouverts en croix se terminent par des mains aux doigts fins et longs. La tête est penchée sur la poitrine vers la droite, une représentation conforme aux Écritures : "Et, baissant la tête, il rendit l'esprit" (Jean, XIX-30). Le visage allongé du Christ, avec sa barbe fourchue, ses joues légèrement creusées, son nez droit et ses paupières bombées sous des arcades sourcilières arquées, possède une certaine réalité anatomique. La bouche ouverte et les yeux mi-clos, le suppliant vient de rendre un dernier souffle de vie. Bien qu'il s'agisse de la représentation d'un Christ mort, il n'y a pas de pathos ni d'expressivité exagérée. Il est calme et indifférent à la douleur. La sculpture étant destinée à être vue d'en bas, la chevelure du Christ n'a pas fait l'objet d'un traitement spécifique. Il s'agit d'une simple chevelure en forme de bonnet, sans trace de mèches. Il est également possible qu'une couronne d'épines ait ceint la tête de Jésus, comme le suggère la présence de gouttes de sang sur son front. Formellement, ce Christ correspond à une œuvre de transition entre le XIIe et le XIIIe siècle. En effet, il reste fidèle à l'horizontalité et au hiératisme des représentations les plus anciennes. L'anatomie du corps du Christ n'a pas encore le naturalisme qu'elle adoptera à partir du milieu du XIIIe siècle. Les côtes sont vigoureusement sculptées. Cette façon de représenter le corps humain répond à un canon hérité de l'art byzantin qui se poursuit parfois jusqu'au début du XIVe siècle. Cependant, certains indices placent clairement ce Christ parmi les œuvres du XIIIe siècle. Le sculpteur a recherché un plus grand réalisme dans l'expression du visage. Les pouces parallèles aux autres doigts, le chevauchement des pieds en rotation interne représentent une innovation par rapport au XIIe siècle.
Vallée de la Meuse Lorraine