Tabatière or au double portrait de Napoléon Ier et de l'Impératrice Marie-Louise
Lot n° 128
Tabatière rectangulaire en écaille brune montée et doublée d'or 3e titre (750 millièmes), s’ouvrant à charnière par un fin poussoir en or, le couvercle est orné de deux lunettes rectangulaires bordées d’un filet émaillé bleu, à vue ovale en or ciselé d'une frise de feuilles cernées de rameaux feuillagés entrecroisés sur fond amati. Chaque lunette est incrustée d’un portrait miniature ovale peint sur émail sur cuivre, formant pendants, figurant les bustes de Napoléon Ier en uniforme des Chasseurs à cheval de la Garde et de l’Impératrice Marie-Louise parée de perles. La première signée à droite “Mansion” et portant une inscription sur le contre-émail “NAPOLEON EMPEREUR des Français et ROY d’Italie par Mansion, élève d’Isabey. Paris le 9 avril 1812” ; la seconde signée à droite “Mansion” et inscrite au revers “Marie-Louise Impératrice et Reine des Français. 15 février 1812. Mansion”. Paris, 1812.
Orfèvres : Antoine TARDIVEAU(X), actif entre 1798 et 1815, spécialisé dans la bijouterie, mentionné comme garnisseur en écaille au 17, rue Grenet, et Catherine-Adélaïde DUPONNOIS, dite la veuve Leferre, pour la garniture de tabatière au 159, rue Saint-Martin. Portant de nombreux poinçons, dont un poinçon d’essai à la tête d’ours à gauche (Paris, or 3e titre), le coq à gauche (Paris, 3e titre, 1809-1819), la tête de lion (Paris, grosse garantie, 1809-1819), la tête de taureau (Paris, 3e titre, 1819-1838), et la tête de Sardanapale (Paris, grosse garantie, 1819-1838). H. 1,9 x L. 8,8 x P. 5,1 cm. Poids brut : 119,55 g.
Historique
André Léon LARUE, dit MANSION (1785- c.1834) naît à Nancy en 1785, et suit d’abord l’enseignement de son père, Jacques Larue, miniaturiste. Il parfait sa formation auprès de l’un des plus grands peintres de miniatures de son temps, Jean-Baptiste Isabey (1766-1855), originaire de la même ville. Miniaturiste de talent, considéré comme l’un des plus brillants de sa génération au même titre que Saint, Aubry ou Augustin, il réalise sous l’Empire les portraits officiels de Napoléon Ier et Marie-Louise. Sous la Restauration, il est également peintre à la manufacture de Sèvres. Il épouse en 1822 Mary Bryan, anglaise d’origine, et se rend régulièrement à Londres où il expose à la Royal Academy en 1829 et 1831. Il publie outre-Manche son célèbre traité intitulé Lettres sur la miniature, édité par la suite à Paris en 1823. Il enseigne également l’art de la miniature en Angleterre et participe à la réalisation de soixante planches des Costumes militaires des officiers de l’armée britannique (1831-1833). Sa clientèle compte des membres de la famille impériale, des officiers supérieurs de l’armée, et des membres de l’aristocratie française, anglaise et russe. On lui doit notamment un portrait du comte Esterházy (1740-1805) et du duc de Bordeaux (1820-1883). Pour réaliser ces deux portraits, Mansion s’inspire de modèles donnés par son maître, Jean-Baptiste Isabey. La miniature de Napoléon le figure en uniforme des chasseurs à cheval de la garde et peut être mise en relation avec un exemplaire conservé à la Wallace Collection. Pour Marie-Louise, il peint l’impératrice dans une robe au décolleté carré rehaussé de chérusques en dentelle, et parée d’un collier et d’une couronne de perles. Une autre miniature par Mansion de 1812 reprenant un modèle de Jean-Baptiste Isabey, est conservée au Walters Art Museum de Baltimore (inv. 38.2) et peut être rapprochée de ce portrait.
Antoine Tardiveau (actif entre 1798 et 1815)
Les deux miniatures par Mansion sont délicatement montées sur une tabatière rectangulaire en écaille brune. Si peu d’informations sont conservées de cet orfèvre, ses réalisations présentes dans les plus grandes institutions muséales témoignent de l’étendue de son talent. Nous pouvons citer à titre d’exemple une tabatière ronde à sujet mythologique conservée au Musée du Louvre, une boîte ornée d’un portrait du Grand Dauphin à la Fondation Napoléon, et une exceptionnelle boîte en écaille montée en or, à décor d'une micro-mosaïque présentant deux cigognes, d'après l'antique, dans les collections du Victoria & Albert Museum. Il semblerait que Tardiveau ait emporté un vif succès auprès de la famille impériale et des dignitaires sous l’Empire. En plus de notre boîte, d’autres réalisations témoignent de commandes par des personnages illustres de la période. Le Musée Napoleonico à Rome conserve notamment une tabatière au portrait de Pauline Bonaparte réalisée par l’artiste.
Fabuleuses tabatières Empire
Cette œuvre s’inscrit dans la tradition des tabatières de présent fortement ancrée en France depuis le XVIIIe siècle. La production de ces objets connaît une renaissance considérable sous le Premier Empire en raison de la prospérité économique retrouvée et des conquêtes militaires. L’Empereur qui aime humer l’odeur du tabac en possède plusieurs qu’il ne quitte jamais. Ces boîtes à dimension intime lui servent également d’objets de présents qu’il offre souvent à des fins diplomatiques. Parmi les modèles emblématiques du Premier Empire, nous retrouvons ces tabatières à doubles portraits. Si ceux aux effigies de Napoléon et de Joséphine abondent, celles figurant l’Empereur et sa seconde épouse semblent beaucoup plus rares, notre œuvre étant à notre connaissance la seule identifiée. Elle peut être rapprochée d’une boîte conservée au Louvre au portrait de Napoléon et de Joséphine (OA 2260, voir illustration), une autre se trouvant à Monaco au Musée-Collection des Arts de David et Mikhail Iakobachvili.
Une boîte précieuse restaurée
Le second poinçon d’orfèvre apparaissant sur cette boîte indique une restauration de l’objet, par les soins de Catherine-Adélaïde Duponnois, épouse du tabletier et garnisseur Jean-Louis Leferre, décédé en 1821. À la mort de son époux, la désormais veuve Leferre reprend son établissement installé au 159, rue Saint-Martin. Elle s’impose alors dans le milieu de l’orfèvrerie et dirige l’entreprise avec autorité et succès, devenant l’un des derniers fabricants de tabatières en or du XIXe siècle. Aujourd’hui, ses réalisations se retrouvent dans les collections publiques les plus renommées. Nous pouvons citer à cet effet trois tabatières, celle au portrait d’Henriette d’Angleterre, celle avec celui de Rachel de Rouvigny, comtesse de Southampton et de Gaston d’Orléans conservées à la fondation Napoléon, et enfin la tabatière Vénus de Médicis avec une miniature de Parant au Musée du Louvre. Un exceptionnel Almanach-carnet conservé à la Wallace Collection atteste également du talent de Madame Duponnois. Cette œuvre étant réalisée en 1812 par Antoine Taverneau, l’apposition du poinçon de la veuve Leferre et les poinçons de garantie de 1819-1839 indique que celle-ci a restauré l’objet pendant cette période. Une telle pratique s’observe dans une tabatière ronde de la fin du XVIIIe siècle, conservée au Louvre, remaniée ou restaurée par la veuve Leferre entre 1819 et 1838, qui y adjoint son poinçon et les poinçons de titre et de garantie du deuxième quart du XIXe siècle (Pégase, profil de vieillard et par la suite tête d’aigle). La restauration de notre tabatière par l’une des meilleures orfèvres de son temps indique ainsi la grande préciosité de cet objet.
Œuvres en rapport
- André-Léon Larue, dit Mansion, Portrait de l’Impératrice Marie Louise, miniature peinte sur émail, Baltimore, The Walters Art Museum (inv. 38.2). - Antoine Tardiveau, Boîte en écaille au Portrait du Grand Dauphin, 1798-1809, Paris, Fondation Napoléon (inv. 1083.3). - Antoine Tardiveau, Tabatière ronde, 1798-1809, Londres, Victoria & Albert Museum (inv. M.289:1&:2-1921). - Antoine Tardiveau, Boîte au portrait de Pauline Bonaparte Borghèse, 1798-1809, Rome, Museo Napoleonico. - Martin-Guillaume Biennais, Tabatière avec les portraits de l'empereur Napoléon Ier et de l’impératrice Joséphine, circa 1804-1809, Musée Collection des Arts – David et Mikhail Iakobachvili (inv. MC810). - Antoine Tardiveau, Tabatière ronde, 1809-1819, Paris, Musée du Louvre (inv. OA 2263). - Pierre Baraton et Jean-François Soiron, Tabatière avec les portraits de Napoléon Ier et Joséphine, avant 1807, Paris, Musée du Louvre (inv. OA 2260). - Tabatière en écaille, opale et or, Paris, 1775-1776, et Paris 1819-1838, pour le poinçon d’orfèvre de la Veuve Leferre, Paris, Musée du Louvre (inv. TH 1442).
Littérature
- Arminjon, Catherine, Beaupuis, James, Bilimoff, Michèle, Dictionnaire des poinçons de fabricants d'ouvrages d'or et d'argent de Paris et de la Seine, Tome 1. 1798-1838, Impr. Nationale, Paris 1991. - Davenport, Cyril, Miniatures, ancient and modern, Methuen & Co., Londres, 1907. - Grandjean, Serge, Catalogue des tabatières boites et étuis des XVIIIe et XIXe siècles du musée du Louvre, [Collections du Musée du Louvre], Paris, RMN, 1981. - Lemoine-Bouchard, Nathalie, Les peintres en miniature actifs en France, 1650-1850, Les éditions de l'Amateur, Paris, 2008. - Madame de Basily-Callimaki, E., J.-B. Isabey. Sa vie, son temps, suivi du catalogue de l’œuvre gravé par lui et d’après lui, par Mme de Basily-Callimaki, Frazier-Soye, graveur et imprimeur, Paris, 1909.
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- LARUE dit MANSION André-Léon
