Feuille isolée d’un missel comportant une initiale historiée représentant l’Élévation de la messe

Feuille isolée d’un missel comportant une initiale historiée représentant l’Élévation de la messe - manuscrit enluminé sur parchemin

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Lot n° 19
manuscrit enluminé sur parchemin [France, Metz ou Verdun, vers 1300–1315]

Une page de missel magnifiquement enluminée, dans un style gothique primitif raffiné, tel qu’il était pratiqué à Metz sous le mécénat de Renaud de Bar.

env. 355 × 275 mm ;
la marge supérieure du recto porte une foliation d’époque à l’encre rouge « C.lxxxix », le coin inférieur droit du recto porte, inscrit au crayon, le numéro du XXe siècle « 4181 » d’une écriture continentale ; le coin supérieur droit du verso porte, inscrit au crayon par une autre écriture continentale du XXe siècle, un code de prix et un prix (?), en-tête en rouge, tracé à l’encre avec des lignes largement espacées et complété par des lignes verticales pour guider le haut des minimes, écrit sur quatorze lignes par page en écriture gothique textualis, avec des initiales d’une ligne alternant entre le rouge et le bleu tout au long du texte, rubriques en rouge,
UNE INITIALE HISTORIÉE de quatre lignes représentant l’Élévation de la messe, peinte en bleu rehaussé de blanc sur un fond à motifs de losanges dorés et bleus, l’initiale étant enchâssée dans un cadre en or bruni, avec une bordure en forme de barre s’étendant dans les marges et se terminant par des rameaux de feuilles de lierre en or bruni. Quelques mots effacés (quatrième ligne à partir du bas), tranche avant présentant un trou causé par une languette de repérage, partiellement masqué par des restes de ruban adhésif de montage. Le style caractéristique de la Lorraine au cours des premières décennies du XIVe siècle marque l’enluminure de ce feuillet. Il rappelle tout particulièrement l’art de Metz et l’important mécénat de Renaud de Bar, évêque de Metz (1302–1316). Située entre les centres artistiques de Paris et de la Rhénanie, Metz a développé une interprétation singulière de l’enluminure gothique, alliant l’élégance de la peinture courtoise française à la sophistication linéaire des traditions mosanes. Ce style est notamment représenté par un ensemble remarquable de manuscrits réalisés pour Renaud de Bar au cours des premières décennies du siècle, parmi lesquels le Bréviaire de Verdun (volume d’hiver : Londres, British Library, Yates Thompson MS 8 ; volume d’été : Verdun, Bibliothèque municipale, MS 107), le Missel de Verdun révisé pour l’usage de Metz (Verdun, Bibliothèque municipale, MS 98) et le Pontifical de Metz (premier volume : Cambridge, Fitzwilliam Museum, MS 298 ; deuxième volume : Prague, Bibliothèque nationale de la République tchèque, MS XXIII.C.120). Ces manuscrits se caractérisent par des figures élégantes et élancées, dotées de petites têtes et de gestes raffinés, des visages aux contours adoucis et aux traits délicats, ainsi que de longs drapés fluides articulés par des plis linéaires rythmés. Bien que le feuillet présenté ici n’ait pas été réalisé par le groupe de Renaud de Bar lui-même, il reflète clairement le vocabulaire artistique établi par ce cercle. Les personnages partagent le même recours au modelé linéaire, avec des formes et des drapés construits par un simple travail à la plume, des contours sombres et marqués définissant les figures, ainsi que des détails ornementaux comprenant des boucles et des fioritures à la plume, presque semblables à des coulures, embellissant les formes des lettres. L’utilisation de fonds à motifs bleus et dorés, enrichis de petites fleurs de lys, reflète également le vocabulaire somptueux de l’enluminure messine de la première moitié du XIVe siècle. L’attribution de ce feuillet à la Lorraine est en outre étayée par une particularité textuelle inhabituelle conservée dans le Canon de la messe, qui constitue généralement l’une des sections les moins variables du missel médiéval. Au sein de la prière Te igitur, où les manuscrits comportent habituellement des espaces réservés pour les noms du pape, de l’évêque et du souverain (par exemple : papa nostro N., et antistite nostro N.), le présent feuillet présente une rature équivalant à environ cinq ou six mots. Plutôt que les espaces réservés habituels, cette suppression a probablement éliminé la phrase « necnon et me indigno famulo tuo » (« et aussi moi, ton serviteur indigne »), un ajout peu courant que l’on trouve parfois dans les manuscrits du nord-est de la France. Leroquais recense moins de dix missels contenant cette phrase, dont des exemplaires provenant de Troyes, Reims, Verdun et Metz. Il est significatif que l’exemplaire de Verdun, à l’instar de la présente feuille, présente également la suppression délibérée de ces mêmes six mots, ce qui constitue une preuve textuelle convaincante d’une origine lorraine.

Provenance (1) Folio Fine Art, Londres, portant au crayon leur numéro « MS 4552 » et proposé dans leur Catalogue 75 (septembre 1970), n° 255.
(2) Bruce P. Ferrini (1949–2010), Akron, Ohio, portant au crayon sa référence « VM8298 ».
(3) Acquis auprès de Bruce Ferrini par l’intermédiaire de Les Enluminures en février 1988.

(4) Robert McCarthy, Londres, MS BM 1172.

BIBLIOGRAPHIE Publié : Folio Fine Art Ltd, Catalogue 75 (septembre 1970), n° 255 ; Peter Kidd, The McCarthy Collection, vol. 3, French Miniatures, Londres, 2021, p. 278, n° 78 ;

Bibliographie complémentaire : Victor Leroquais, Les sacramentaires et les missels manuscrits des bibliothèques publiques de France, 4 vol., Paris, 1924, I, p. 231 ; II, pp. 7, 18, 258 ; François Avril, « L’enluminure en Lorraine au XIVe siècle »