Lorraine, terre d'artistes - 2 -


Jacques CALLOT : Varie Figure

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Le chroniqueur de la guerre de Trente Ans : Jacques Callot

Félibien, (Entretiens,Paris, 1666) raconte à propos des 18 planches qui représenteront les atrocités de la guerre. gravées par Callot : "Le Roy Louis Xlll ayant réduit à son obéissance la Ville de Nancy, envoya quérir Callot, et luy proposa de représenter cette nouvelle conqueste comme il avoit fait la prise de la Rochelle : Mais Callot pria sa Majesté, avec beaucoup de respect, de vouloir l'en dispenser, parce qu'il estoit Lorrain, et qu'il croyoit ne devoir rien faire contre l'honneur de son Prince et contre son païs.
Le Roy receût son excuse, disant que le duc de Lorraine estoit bienheureux d'avoir des sujets si fidelles et si affectionnez.
Quelques courtisans n'approuvant pas le refus qu'il avoit fait, dirent assez haut qu'il falloit l'obliger d'obéir aux volontez de Sa Majesté ; ce que Callot ayant entendu, il répondit aussitost avec beaucoup de courage, qu'il se couperait plûtost le pouce que de faire quelque chose contre son honneur, si l'on vouloit le contraindre. "Le Roy bien loin de souffrir qu'on luy fist aucune violence, le traita toujours fort favorablement ; et pour l'attirer en France, luy fit offrir mille écus de pension, s'il vouloit s'attacher à son service. Callot remercia le Roy, asseûrant ceux qui luy parlèrent qu'il seroit toûjours prest d'employer les talens que Dieu luy avoit donnez à travailler pour la gloire de Sa Majesté ; mais qu'il ne pouvoit quitter l'établissement qu'il avoit dans le lieu de sa naissance. (...) 

L'esprit de Callot fut tellement frappé des horreurs que la guerre entraîne avec elle, qu'il exécuta cette série merveilleuse, universellement connue, admirée et recherchée et qu'il intitula les Misères et les mal-heurs de la guerre (Cat. 1339-1356)".

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Le graveur Callot

Quand Jacques Callot est-il né?
Aucun document officiel ne l'a indiqué jusqu'à ce jour. Plusieurs auteurs s'accordent pour attribuer sa naissance à l'année 1592. (M. Bruwaert, Duplessis, Gottfried Kinkel, M; Henry Lemonnier, M. Hermann Nasse et Meaume). D'autres auteurs : Félibien, Gersaint, le P. Husson le font naître en 1593, pour sa part, Jacques Lieure pense que l'artiste est né au début de l'année 1594.
Sa vie, faite de passion, de travail, recherches incessantes, de voyages, de rencontres, il sut rendre sur le papier mieux que beaucoup la chronique des presses toutes neuves de l'imprimerie ; après des années pleine de lumière, de légèreté et de festivités italiennes, il reviendra à Nancy à la fin de sa vie et sera le témoin d'une époque des plus noires de la Lorraine.
Il décédera à Nancy en 1635, âgé de 43 ans.

La famille Callot 

 Jacques Callot est issu d'une famille noble : Son grand père Claude Callot, archer des gardes de la cour du duc de Lorraine Charles lll  fut annobli en 1584 par ce dernier ; Jean Callot succéda aux fonctions de son père, puis fut nommé Héraut d'armes à la Cour de Lorraine.
 Jean épousa Renée Brunehault, fille du médecin de Christine de Danemarck, ils eurent huit enfants dont Jacques, second de la fratrie. 
 On sait peu de chose sur l'enfance de Callot à Nancy. "Dès sa plus tendre jeunesse, écrit Félibien (Entretiens sur les  vies et les ouvrages des plus excellents peintres, Paris,1666), il avait donné des marques de l'affection qu'il avait pour le dessin. Car lorsqu'il allait aux écoles, il remplissait ses livres de diverses figures ; et pendant tout le temps que ses parents le firent étudier, il n'avait pas un plus grand plaisir que d'employer à dessiner les moments qu'il pouvait prendre pour se délasser et se divertir". 

L'amitié à la croisée du destin

Jacques s'était lié d'amitié avec Israël Henriet, un peu plus âgé que lui, fils de Claude Henriet ". Ce dernier, peintre à la Cour ducale donnait des cours de dessin à son fils Israël et sans doute aussi volontiers au jeune Callot. 
Chez Claude Henriet, Jacques Callot rencontre Deruet, qui était de son âge, et surtout "le peintre Bellange" récemment arrivé d'Italie, et qui en racontait des merveilles. Il n'en fallait pas davantage pour enflammer l'imagination d'un enfant dont les arts était la passion dominante. (Meaume).

Un garçon de caractère

Tandis que les parents de Jacques projettent pour lui le parcours scolaire balisé aux normes de l'époque, Jacques s'échappe de la maison paternelle pour rejoindre Rome. Il s'enfuit à pieds en se joignant à une troupe de bohémiens afin d'y retrouver Israël, son ami, parti pour y apprendre l'art. (Voir les quatre planches "Les bohémiens" qu'il gravera de cette odyssée beaucoup plus tard, 1623-1624).

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Son père ne l'entendant pas ainsi  fit ramener le jeune fugueur en Lorraine par des marchands nancéiens de passage à Rome et l'oblige à reprendre ses études. Mais la volonté paternelle n'a pas pu modifier les goûts artistiques du jeune garçon. 
Agé de 14 ans, il quitta de nouveau sa famille et retourna en Italie, "Nous croyons que Callot ne partit pas sans la complicité bienveillante de sa mère. Et sans doute lui donna t'elle quelque argent, fruit de ses économies pour faire son voyage, sans trop de difficultés.
En passant à Turin, Jacques eût le déplaisir de voir encore son voyage interrompu, car il rencontra par les rues son frère aîné, Jean, que son père y avait envoyé pour quelques affaires, lequel le ramena encore une fois à Nancy."(Meaume).

A bientôt Chers Amis. 

Robert Leterrier