Paysage avec une galère au drapeau de Malte

Paysage avec une galère au drapeau de Malte - Huile sur toile

Lot n° 76
Cadre d’époque Louis XIV, redoré
73 x 86 cm  
Provenance :
Probablement Collection Rosenberg-Stiebel ;
Vente anonyme, Paris, Drouot Rive Gauche, 7 mai 1976 ;
Collection du marquis de Lastic, Château de Parentignat.

Expositions :
Claude Lorrain and the Ideal Landscape, Tokyo, The National Museum of Western Art, 15 septembre - 6 décembre 1998, n°21, reproduit (early Claude) ;
Du Baroque au classicisme : Rubens, Poussin et les peintres du XVIIe siècle, Paris, Musée Jacquemart-André, 24 septembre 2010 - 24 janvier 2011, p. 166, reproduit en couleur.

Bibliographie :
Marcel Roethlisberger, «New Works by Tassi, Claude and Desiderii», dans Apollo Magazine, août 1984, p. 96, reproduit planche 1 (vers 1628) ;
Marcel Roethlisberger et Doretta Cecchi, Tout l’œuvre peint de Claude Lorrain, Milan, 1986, n°287, reproduit (peu de temps avant 1629) ;
Dominique Brême, «Le château de Parentignat», dans L’Estampille. L’Objet d’Art, Juillet-Août 1996, reproduit p. 58 fig. 6 (vers 1620-1625) ;
Pierre Jacky, «Parentignat», dans Connaissance des Arts, Hors Série 328, juillet 2007, cité p. 26 et reproduit p. 8 (œuvre de jeunesse).
Notre tableau est un des premiers tableaux romains de l’artiste, peint vers 1628, où sont à la fois sensibles les influences de son maître Agostino Tassi et les caractéristiques qui feront de lui le plus grand paysagiste du XVIIe siècle.
Dans notre tableau, il se rapproche de Tassi par la représentation d’un paysage fluvial extrêmement bien structuré avec deux plans, une grande diagonale, des arbres finement délimités et des éléments réfléchis dans l’eau. Mais la composition de notre tableau est plus serrée, plus unie et encadrée. Son traitement de
l’eau et des feuillages est plus atmosphérique que celui de Tassi.
La force de ce tableau se trouve dans la description de la galère, élément que l’on retrouve chez Tassi, Filippo Napoletano et Goffredo Walls, les très beaux détails au premier plan, les tonneaux, les poteries, les personnages richement vêtus et l’auberge au second plan avec la poésie de la colline dans les fonds.
Claude Gellée insiste sur une représentation dense de la nature. Les petits personnages posés sur chaque plan sont traités comme des accents de lumière. Dominique Brême précise que dans ce tableau se met en place «l’unité atmosphérique et un sens de l’espace qui seront au centre des préoccupations de l’artiste».
Ce  tableau précède de peu le Paysage avec un bateau (toile, 72 x 93 cm), dans une collection particulière et le Paysage avec des bergers du Museum of Art, Philadelphie, tous les deux datés de 1629 (voir Marcel Roethlisberger et Doretta Cecchi, Tout l’œuvre peint de Claude Lorrain, Milan, 1986, n°9, reproduit planche I et n°10, reproduit). Nous retrouvons la même grande diagonale d’un fleuve ou d’un estuaire, les frondaisons servant de cadre, le rythme des collines dans les fonds et le reflets des arbres rendant l’eau verte.
Le principal maître de Claude Gellée est Agostino Tassi. Il reste presque dix ans dans son atelier, il passe deux ans à Naples avec Goffredo Walls. Il quitte Rome en avril 1625 et travaille un peu plus d’un an sous la direction de Claude Deruet aux fresques de l’église des Carmélites.
Vers 1630, Claude Gellée reçoit sa première grande commande de décors à fresques, des paysages, pour les résidences de la famille Muti, à Rome, aujourd’hui disparus. En 1637, il travaille pour le pape Urbain VIII. Sa carrière est assurée et de grands mécènes, comme le cardinal Mazarin, lui commande des œuvres.
En l’absence de mentions d’archives, nous ne pouvons pas actuellement préciser pour qui et en quelles circonstances notre tableau fut réalisé. La galère au drapeau de Malte pourrait laisser penser à un commanditaire de l’œuvre, proche de l’ordre.